La verrue plantaire

La verrue plantaire est un papillome épidermique. Elle est due à un virus filtrant, très contagieux, identique à celui de la verrue banale. Mais la localisation, sur un épiderme soumis à de fortes pressions, confère à la tumeur une physionomie bien spéciale.

Physiopathologie

Au lieu de faire saillie comme à la main, la verrue va s'enchâsser dans l'épiderme. Elle s'y creuse une loge et s'entoure d'un anneau corné. Enfoncée comme un clou dans les tissus plantaires, elle va comprimer les terminaisons nerveuses, provoquant la douleur.

Les coupes histologiques montrent une hypertrophie considérable des papilles et de leurs vaisseaux, l'épaississement de toutes les couches de l'épiderme, l'absence de réaction dermique inflammatoire. Elles sont extrêmement polymorphes, avec des zones d'ortho kératose et de para Kératose, compactes ou dissociées suivant les points, acidophiles par places, basophiles en d'autres. » Les recherches expérimentales ont montré que les verrues peuvent être inoculées par un suc de broyât filtré sur bougies de Beckefeld. Ce fait prouve l'existence du virus filtrant. Il serait identique à celui des végétations vénériennes. On peut, en effet, à partir d'un filtrat de verrues, obtenir en zone génitale des végétations du type « crêtes de coq ».

Il existe probablement plusieurs virus, ce qui expliquerait les types évolutifs différents et la tendance à la récidive particulièrement marquée dans certaines formes. Mais le problème n'est pas encore résolu. Le rôle du terrain n'est pas négligeable : les troubles vaso-moteurs peuvent, semble-t-il, intervenir. L'émotivité expliquerait les cas de suggestion curative. Provoquant une sorte de réaction de Herxheimer, elle modifierait l'état biologique.

Éminemment contagieuses, les verrues sont inoculables par contact direct et par le sang qui peut en provenir. Dilatant les pores de la peau, l'humidité facilite sans doute la pénétration du virus. Les bains et les douches publics, les piscines, les locaux scolaires et sportifs sont responsables de beaucoup de contagions. Il s'agit surtout d'enfants entre 5 et 14 ans. La fréquence est moindre chez l'adulte et décroît avec l'âge. Elle est un peu plus importante chez la femme que chez l'homme. Les verrues peuvent présenter une distribution familiale.

L'incubation est variable, souvent longue, de un à huit mois, peut-être davantage (Rasmussen). Les verrues surviennent en général sous les points d'appui, qu'ils soient anatomiques ou pathologiques. Elles se multiplient sur place. Sur certains pieds, on peut en voir 20 ou 30. Parfois, après ablation de la verrue-mère, les « verrues-filles » guérissent spontanément.

Aspect clinique

Formation épidermique enchâssée dans le derme, la verrue se trouve généralement recouverte d'une formation cornée, ce qui la fait confondre de façon fréquente et injustifiée avec un durillon. On fait le diagnostic en enlevant l'hyperkératose. Le durillon est une masse cornée avasculaire et homogène, avec au centre une ou plusieurs pointes profondes. La verrue se présente comme une masse ronde ou ovale, toujours nettement limitée. Souvent, un halo clair en cerne la périphérie. Elle est molle et blanchâtre, formant une masse villeuse semblable à de l'étoupe mouillée et qui saigne facilement. Une légère cautérisation au nitrate d'argent individualise, sur fond blanc, des points noirs qui correspondent aux papilles hypertrophiées.

La douleur est plus lancinante, plus névralgique, plus précise que celle d'un durillon. Chez certains malades, les plaques cornées sont étendues et multiples. En les décapant, on fait apparaître des verrues nombreuses et disséminées, moins cependant qu'on ne l'aurait pensé. Ce sont des lésions qui, de par l'incurie du malade, évoluent depuis des années.

Verrue plantaire
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Verrue patate 6268

Traitements

Traitement général. — Il est bien connu. la magnésie calcinée (0,20 g à 0,50 g par jour pendant un mois); le chlorure de magnésium (0,60 g à 1,20 g par jour); la méthionine (2 à 3 g par jour pendant dix jours); la teinture de thuya (XX gouttes trois fois par jour); la vitamine A, l'auto-hémothérapie, etc. Les résultats sont très inconstants. Il y a des raisons de penser qu'ils agissent par auto-suggestion (phénomène d'Herxheimer).

 

Traitement local. — De nombreux traitements ont été proposés de très inégale valeur.

Cryothérapie. — L'application de neige carbonique doit être forte et prolongée. Il en résulte une réaction douloureuse. Le résultat est incertain.

L'ionisation au sulfate de magnésium (Joly) exige 15 à 20 séances à raison d'une par jour. Au total, traitement astreignant et dont les résultats sont inconstants.

On utilise aussi la fulguration. La verrue est coagulée par une étincelle de haute fréquence à haute tension, produite parle résonateur d'Oudin. C'est une coagulation unipolaire. Si la verrue ne tombe pas d'elle-même au bout d'une semaine, il faut Pénucléer à la curette.

Électrocoagulation. — Elle utilise un courant de haute fréquence sous basse tension, fourni par un appareil de diathermie.

Une électrocoagulation brutale lèse le derme et sclérose les petits vaisseaux autour de la verrue. On obtient une cicatrice cornée douloureuse, parfois un mal perforant qui tend à s'infecter entrainant des séquelles assez importants pouvant aller à l'opération.

Si on électrocoagule une verrue, il faut être d'une extrême prudence. L'intégrité du derme doit être, à tout prix, préservée. Une anesthésie est nécessaire. Certains coagulent la verrue en masse, puis l'enlèvent à la curette. Nous pensons qu'il est mieux d'énucléer d'abord le papillome, puis de coaguler discrètement les parois de la cavité. On met un pansement aseptique. Un protecteur mousse évidé en son centre permet la marche immédiate. La cicatrisation complète demande en règle trois semaines.

Cautérisation chimique sans énucléation. — Cette technique convient aux verrues peu profondes, aux récidives vues au stade de début. On enlève la couche cornée, l'on cautérise le papillome à l'acide azotique fumant ou à l'acide trichloracétique à 30 %. Deux à six séances espacées de trois à quatre jours apportent la guérison.

Radiothérapie. — Cette méthode a pour elle son apparente simplicité et son indolence immédiate. Mais, contrairement à l'enseignement classique, les accidents sont d'une grande fréquence et d'une particulière gravité. Chez la plupart des malades, ils imposent des interventions difficiles, parfois itératives. La radiothérapie et la radiumthérapie des verrues plantaires sont des techniques dangereuses.

Traitement chirurgical. — On n'excise pas une verrue, on l'énuclée.

Pour des verrues multiples et disséminées, une brève narcose est préférable. Dans le cas contraire, on fait une anesthésie locale. On utilise une aiguille très fine, on fait un bouton intradermique, on pousse lentement la xylocaïne sous la verrue.

Quand le siège s'y prête, on peut piquer la peau dorsale, beaucoup moins sensible que le tégument plantaire (Wallet). Injectant millimètre par millimètre, on arrive sous la verrue. On anesthésie parfaitement la moitié postéro-interne de la plante en infiltrant le pédicule tibial postérieur derrière la malléole interne.

Avec une gouge, on enlève la couche cornée superficielle. La verrue apparaît, molle et bien limitée. On l'énuclée à la curette. La loge doit être bien nette, le derme rester intact. Pour diminuer la profondeur de la cavité, il faut enlever l'hyper kératose qui en cerne les bords. On cautérise les parois : acide trichloracétique à 30 % ou acide azotique fumant. Un pansement compressif fait l'hémostase. Au bout de quelques minutes, on le remplace par le pansement définitif. Une lame mousse évidée permet la marche immédiate. Celle-ci reste légèrement sensible pendant quelques jours.

Traitement des récidives. —Avec les meilleures techniques, les récidives sont de l'ordre de 3 à 5 %. Certains virus sont particulièrement tenaces. Au voisinage du papillome qu'on enlève, des verrues peuvent être en incubation, et celle-ci dure de un à huit mois.

Il faut prévenir le malade de la récidive possible pour avoir des chances de la reconnaître au stade initial. La verrue est alors superficielle et n'excède pas la dimension d'une tête d'épingle. Il suffit d'enlever l'hyper kératose et de cautériser à l'acide trichloracétique. Aucune anesthésie n'est utile. Au stade de verrue enchâssée dans le derme, il faudrait, sous anesthésie, refaire une énucléation.